VEZELAY, HAUT LIEU MYSTIQUE DE LA BOURGOGNE
Date: 1 octobre 2009 à 06:07:31
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            Voici un article de Robert-Jacques THIBAUD à titre de compte rendu. Le CD de la visite est exploitable.

VEZELAY, HAUT LIEU MYSTIQUE DE LA BOURGOGNE



            Les plus anciennes traces d'occupation humaine que l'on ait retrouvé près de Vézelay sont celles qu'ont laissé les tribus de la civilisation dite des "champs d'urnes" (datée de la fin du deuxième millénaire av. J.­C.). En effet, lors des fouilles de "Fontaines Salées", près du village de Saint Père, on mit au jour un champ d'urnes comparable à ceux déjà découverts en Allemagne du Sud, dans le midi de la France et dans la péninsule ibérique.

            Des restes plus récents prouvent l'occupation de cette vallée par les gallo-romains qui firent de "Fontaines Salées" un centre de thermalisme où les curistes trouvaient une grande double piscine et un vaste temple. Ces installations furent détruites lors des invasions barbares de 276. C'est aussi, pense-t-on, vers la fin du troisième siècle que débuta l'évangélisation de cette contrée et qu'un oratoire, dédié à saint Jean-Baptiste, fut édifié sur l'emplace­ment d'un temple gallo-romain situé près de "Fontaines Salées" au lieu ­dit "La Corvée Saint Jean".

            Propriété des Carolingiens, le domaine fut vendu à Gyrard, duc de Roussillon, connu par les chansons de gestes. Il fut le fondateur (vers 855/859) de deux monastères, l'un pour les hommes, à Pothières et l'autre destiné aux femmes, à Vézelay, c'est-à-dire en fait sur le territoire de l'actuelle commune de Saint-Père. Placés, en 863, sous la double protection du Siège Apostolique (Bulle du pape Nicolas 1) et sous celle de Charles le Chauve, les établissements religieux n'en furent pas moins ruines par les troupes normandes en 887. Les moines rescapés se réfugièrent sur le mont tout proche qui prit bientôt le nom Vézelay bien qu'il conservât toujours l'appellation de "mont Scorpion".

            Le lieu de prière ne devint cependant célèbre que lorsque la rumeur courut que le moine Badilon avait ramené les restes ou reliques de sainte Marie-Magdeleine. L'arrivée des reliques de Marie-Magdeleine dans la basilique de Vézelay, selon la "Légende Dorée" de Jacques de Voragine :

            Du temps de Charlemagne, l'an du Seigneur 769, Gyrard, duc de Bourgogne, ne pouvant avoir de fils de son épouse, faisait de grandes largesses aux pauvres, et construisait beaucoup d'églises et de monastères. Ayant donc fait bâtir l'abbaye de Vézelai, il envoya, de concert avec l'abbé de ce monastère, un moine avec une suite convenable à la ville d'Aix, pour en rapporter, s'il était possible, les reliques de Ma­rie-Magdeleine. Arrivé dans la ville provençale, le moine trouva la ville ruinée de fond en comble par les Sarrasins ; le hasard lui fit découvrir un sépulcre dont les sculptures en marbre lui prouvèrent que le corps de Marie Magdeleine était enfermé dans l'intérieur car l'histoire de la sainte était taillée avec un art merveilleux sur le tombeau. Une nuit donc le moine le brisa, prit les reliques et les emporta à son hôtel. Or, cette nuit-là même, la sainte lui apparut et lui dit de n'avoir aucune crainte mais d'achever l'œuvre qu'il avait entreprise.

            À son retour, il était encore éloigné d'une demi lieue de son monastère (Vézelay) quand il lui devint impossible de remuer les reliques. Il dut attendre l'arrivée de l'abbé accompagné de ses moines qui les reçurent en procession avec grand honneur.

            La fête de Magdeleine, le 22 juillet, est une fête solaire, appartenant au signe du Lion. On notera que sainte Magdeleine était et reste la patronne des parfumeurs. Les raisons sont multiples et jouent certainement sur ce que l'on nommait "l'odeur de sainteté" ainsi que sur les parfums utilisés par la sœur de Lazare lors du lavage des pieds du Seigneur. Son personnage est toujours représenté tenant un petit flacon de parfum.

            Dès cette époque arrivèrent, non seulement de l'Est de la France, mais aussi de la vallée du Rhin, la foule des fidèles que l'histoire édifiante de Marie-Magdeleine avait émus et, rapidement, la colline "inspirée" de Vézelay devint l'un des quatre lieux de ralliement des pèlerins entreprenant le voyage vers Saint Jacques de Compostelle.

            C'est de cette pieuse et généreuse affluence que proviendra l'argent nécessaire à la construction de la basilique dédiée à sainte Magdeleine. En 1104, l'église carolingienne fut en effet remplacée par une construction romane dont il ne reste de visible que deux piliers du transept, côté ouest, reconnaissables parce que leur écartement est moindre que ceux de la nef romane postérieure. Le 27 juillet 1120, ce premier édifice fut entièrement détruit par un incendie où périrent 1127 fidèles (nombre curieux rappelant la date du drame).

            C'est de cette tragédie qu'est issue la nef que nous pouvons encore contempler de nos jours. Elle fut vraisemblablement terminée dans l'année 1132, au moment où le pape Innocent II se trouvait en pèlerinage à Vézelay. La construction du narthex débuta en l'année 1140. Vers 1185, un nouvel incendie détruisit une partie de la crypte qui fut immédiatement reconstruite, ainsi que le chevet de la basilique.
           
            Le douzième siècle fut l'apogée de ce lieu de pèlerinage mais très vite des rivalités apparurent en raison des ressources énormes qu'amenaient avec eux les voyageurs et pèlerins. Les bourgeois de la ville n'entendaient pas rester inféodés aux prêtres. Les seigneurs d'alentours (comtes de Nevers) ou les évêques d'Autun (responsables hiérarchiques religieux de la région) utilisèrent ces dissensions à leur profit de sorte que, malgré les protections, royale et papale, dont ils disposaient et les combats victorieux qu'ils livrèrent, les moines ne furent bientôt plus en mesure d'assurer leur sécurité et celle des lieux dont ils avaient la charge.

            Victime des conflits féodaux qui occupaient plus son temps et son énergie que le rayonnement spirituel, le site périclita dès la fin du XIIIe siècle malgré les pèlerinages qu'y fit Saint Louis dans les années 1244, 1248 et 1267. En 1537, les moines cédèrent la place aux chanoines qui végétèrent dans les lieux jusqu'à la Révolution. Les guerres de religion de la fin du XIV° siècle marquèrent encore l'édifice, réparé au XIX° siècle par les soins, parfois contestés, de l'architecte Viollet Le Duc.









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