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 Pages de Donum: ACOUPHENES : Où en est-on en France ?

Description de maladie Untitled Document


Question :

Avant toute chose, pourriez-vous nous expliquer ce que sont les acouphènes ?

S.Chéry-Croze : Les acouphènes sont des sifflements ou des bourdonnements perçus par le patient au niveau de l’oreille ou de la tête. Dans certains cas, ceux-ci deviennent insupportables et handicapent fortement la personne qui en souffre.

On distingue 2 catégories d’acouphènes.

  1. Les acouphènes objectifs, peuvent être entendus par d’autres personnes que l’acouphènique, en l’occurrrence le médecin.
  2. Les acouphènes subjectifs quant à eux ne sont perçus que par le patient. Aucun examen ne peut les déceler, ni les objectiver. Pour cette raison ils sont souvent mal vécus par la personne atteinte, qui a l’impression de passer auprès des autres pour un malade imaginaire. Seuls certains procédés extrêmement coûteux faisant appel à l’imagerie médicale sont capables, en recherche, de mettre en évidence ce type d’acouphènes.

 

On sait aujourd’hui que les acouphènes peuvent trouver leur origine à tous les niveaux de l’oreille, dans la partie externe, moyenne ou interne ainsi que dans les voies auditives : c’est ainsi qu’un simple bouchon de cérumen, un problème sur la chaîne des osselets ou un neurinome qui est une tumeur bénigne du nerf auditif peuvent s’accompagner d’acouphènes. Cependant, les acouphènes les plus fréquents dits de type neuro-sensoriel, surviennent la plupart du temps en réponse à une lésion voire même simplement à un léger dysfonctionnement des cellules ciliées.

Question :
« En quoi consiste exactement votre programme de recherche sur les acouphènes ? »


S.Chéry-Croze :
« Notre recherche est circonscrite aux acouphènes de type neuro-sensoriel liés à des perturbations du système nerveux auditif périphériques, le plus souvent localisées dans l’oreille interne. Nous nous intéressons particulièrement aux mécanismes neurophysiologiques sous-jacents aux acouphènes pour en comprendre l’origine. Nos travaux portent sur un modèle animal d’acouphènes générés par des substances toxiques pour l’oreille et sur un modèle d’acouphène transitoire induit chez l’Homme par l’audition d’un bruit particulier dit « bruit à échancrure » parce qu’il lui manque une bande de fréquences. Pour nos études, nous utilisons des outils spécifiques comme les oto-émissions acoustiques ou les techniques de la psychoacoustique. Les otoémissions sont des micro-sons émis par la cochlée en réponse à une stimulation sonore ; elles permettent d’explorer les cellules ciliées externes sur les différentes fréquences. La pzychoacoustique étudie les lois qui régissent la perception auditive. En pratique, le sujet est soumis à des stimuli-auditifs et doit réaliser une tâche précise les concernant : par exemple dire lequel de deux stimuli présentés successivement est le plus fort ou le plus aigu. La comparaison des réponses obtenues dans des conditions définies et en présence ou non de l’acouphène transitoire, permet de préciser les mécanismes centraux qui sont capables d’induire ce type de modifications et donc ainsi de comprendre comment la perception de l’acouphène peut être générée ».

Question :
« Pouvez-vous nous parler de votre travail sur le phénomène de l’habituation chez la personne acouphénique ? »


S. Chéry-Croze : « Ce terme d’habituation est un terme de psychologie qui recouvre un phénomène couramment observé qui permet à notre système nerveux de ne pas être envahi par la foule d’informations qui lui provient en permanence : un stimulus continu ou répété sans signification particulière, comme le bruit d’un réfrigérateur par exemple, est progressivement filtré par le système nerveux et n’atteint rapidement plus la conscience. Ce phénomène se met aussi en place pour l’acouphène. En l’absence de traitement médicamenteux efficace, il constitue le but à atteindre. Pour l’expliquer aux patients, j’emploie souvent cette analogie triviale mais parlante : lorsque le matin vous enfilez vos chaussures, vous sentez la chaussure autour de votre pied. Quelques instants plus tard, cette sensation disparaît. Pourtant si quelqu’un vous demande si vous avez des chaussures aux pieds, vous êtes immédiatement à même de répondre sans regarder vos pieds. L’acouphénique arrivera progressivement au même résultat avec son acouphène : il le trouvera lorsqu'il cherchera à l'entendre maios pourra l'oublier le reste du temps ; c'est sans doute ce que les médecins sous-entendent lorsqu'ils assènent sans explications aux personnes touchées par l'acouphène, la fameuse phrase si mal percue par eux : il va falloir vivre avc . Si 80 % des acouphèniques parviennent à ce résultat en 6 à 12 mois, 20 % restent réfractaires à ce phénomène. Notre tâche au laboratoire est don auus d'identifier les facteurs centraux qui s'opposent à la mise en place des phénomènes d'habituation"

 

Question :
« Initiatrice avec certains de vos patients de l’association France Acouphènes, vous en êtes la présidente depuis 3 ans, comment est née cette association ? »


S.Chéry-Croze :
“Cette association a été créée à Lyon en décembre 1992, l’année où j’ai commencé ma recherche sur les acouphènes. Dans le cadre de ces études, je réalisais des explorations cliniques chez des personnes acouphèniques. Je me suis aperçue très vite, que beaucoup d’entre elles ressentaient le besoin de rencontrer et d’échanger avec d’autres atteintes du même symptôme. Je les ai mis en contact et l’idée d’une association régionale s’est très vite imposée à eux. Suite à son succès grandissant, y compris dans des départements éloignés du siège lyonnais, l’association Rhône-Alpes Acouphènes a pris, dès l’année suivante, le nom de France Acouphène ».

Question :
« Quel est le rôle exact de cet organisme ? »


S.Chéry-Croze :
“La première mission de l’association est l’écoute, le conseil et l’aide aux personnes acouphéniques. Beaucoup d’entre elles se retrouvent seules avec leur souffrance, souvent incomprises de leur entrourage, aussi trouvent-elles ici soutien, assistance et réconfort. Ce travail d’écoute et d’entraide s’effectue sous forme de permanences téléphoniques quotidiennes assurées par des personnes acouphéniques, mise à part celle, souvent plus technique, que je tiens moi-même. La qualité de l’échange repose sur l’exemplarité des parcours des écoutants : ils savent en effet de quoi ils parlent, trouvent les mots qui rassurent et prennent le temps d’écouter comme d’expliquer. En réponse à la demande des patients, l’association organise désormais dans certaines régions, des ateliers thérapeutiques, des lieux de paroles dans lesquels peuvent ou non intervenir des thérapeutes. Nous éditons également un journal trimestriel, à travers lequel les personnes acouphéniques peuvent bénéficier d’informations et de conseils pratiques ; elles peuvent aussi échanger entre elles grâce au courrier des lecteurs. On retrouve dans chaque numéro un dossier complet sur un sujet précis, on peut lire également des articles consacrés aux avancées de la recherche en matière de connaissances fondamentales ou de traitements des acouphènes ou encore des extraits et commentaires du courrier reçu sur notre site internet »

Question :
« France Acouphène est-elle active également sur le terrain de l’information ? »

S.Chéry-Croze : “Une autre mission de l’association est de faire pression sur l’opinion et les pouvoirs publics pour améliorer le dispositif de prise en charge des acouphènes en France. Dans ce domaine, notre souhait est la mise en place de centres ou, de manière plus réaliste, de réseaux de traitement pluridisciplinaires pour les personnes souffrant d’acouphène et / ou d’hyperacousie, comme cela existe pour le traitement de la douleur. Il en existe déjà dans certains endroits rares et bien que ces initiatives soient encore marginales, on constate aujourd’hui que la situation évolue positivement. Nous avons également contribué activement à faire évoluer la reconnaissance du caractère invalidant de l’acouphène en droit civil. France Acouphènes s’implique également dans le soutien à la recherche et dans ce but, elle diffuse un CD de musique de relaxation dont le produit des ventes est versé à la recherche sur les acouphènes. Nous préparons également en partenariat avec d’autres associations, partenaires publics et institutionnels, une série de concerts conjuguant information du public sur les dangers du bruit pour l’audition et récolte de fonds pour la recherche.

Question :

« Qu’en est-il de certaines solutions prothétiques pour traiter ou masquer les acouphènes ? »


S.Chéry-Croze :
“En cas d’acouphènes fortement handicapants, la correction de la baisse d’audition lorsqu’ elle existe, améliore généralement très clairement la tolérance à l’acouphène quelle que soit l’ancienneté de celui-ci. Dans ce domaine, il existe d’autres solutions comme les générateurs de bruit blanc ou les appareils combinant un amplificateur à un générateur de bruits. Il n’y a pas de solution universelle, chaque cas d’acouphènes a ses spécificités qui appellent des réponses adaptées de la part de professionnels motivés spécialement formés. Il reste dans notre pays sur ces derniers points encore beaucoup de chemin à parcourir !

Article

Etat de la recherce par Sylviane Chéry-Croze,
Directeur de recherche au CNRS et Présidente de l’Association France Acouphènes

 

Sylviane Chéry-Croze,

Docteur es sciences est directeur de recherche au CNRS au sein de l’UMR 5020 à l’Université Claude Bernard de Lyon dirigée par le Pr. L. Collet. Avec son équipe, elle travaille depuis 1992 sur les acouphènes. Elle nous en dit plus sur cette recherche et sur l’association France Acouphènes qu’elle préside depuis 3 ans.

 

©2004 - Sylviane Chéry-Croze

 

D O N U M Numéro 10 – Décembre 2003




 
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